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Taper plus vite : ce que dit la recherche

Pour taper plus vite, le premier réflexe est de forcer l’allure. Les études sur la frappe indiquent une autre voie : faire moins d’erreurs, enchaîner les frappes avec fluidité et s’entraîner de façon ciblée, un peu au-dessus de sa vitesse habituelle. Voici ce qu’elles montrent, avec leurs limites, et comment en tirer des exercices concrets.

Ce que révèle une vaste étude en ligne

Dhakal et ses collègues ont analysé les frappes d’environ 168 000 volontaires (168 960 exactement) qui ont passé un test de frappe en ligne. En moyenne, ces personnes tapaient à 51,56 MPM, avec un taux d’erreurs non corrigées de 1,167 %.

Ces chiffres ne sont pas une norme. Les participants se sont inscrits d’eux-mêmes, et il s’agissait surtout de jeunes vivant aux États-Unis. Utilise-les comme repère, pas comme objectif.

Les erreurs coûtent cher

La même étude conclut qu’une petite baisse du taux d’erreurs peut se traduire par un gain de vitesse important. Chaque faute interrompt le mouvement : tu t’arrêtes, tu corriges, puis tu dois retrouver ton rythme.

Aucune expérience d’entraînement n’a encore comparé directement « la précision d’abord » et « la vitesse d’abord ». Les résultats sur les erreurs plaident pourtant pour rester précis. C’est aussi pour cette raison que l’entraînement de typando ne valide une leçon qu’avec au moins 97 % de précision.

Concrètement, quand ta précision passe sous ce seuil, ralentis jusqu’à la retrouver. Repère aussi tes touches les plus difficiles dans le bilan de chaque exercice. Sur AZERTY, les lettres accentuées de la rangée des chiffres, comme é, è, ç et à, méritent une attention particulière, car elles obligent à quitter la rangée de repos. Des mots comme « déjà », « très » ou « ça » gagnent à être travaillés lentement avant d’être accélérés.

Les touches mortes sans ralentir

En français, certaines lettres demandent plus d’une frappe. Sur les claviers français courants, de France, de Belgique, de Suisse ou du Canada, l’accent circonflexe passe par une touche morte : tu frappes d’abord l’accent, puis la voyelle. Le mot « être » demande donc cinq frappes pour quatre lettres. Sur AZERTY, cette touche se trouve à droite du P, sous l’auriculaire droit, et elle sert aussi au tréma avec Maj : pour le ï de « naïf », tu frappes Maj et cette touche, puis le i.

Chaque frappe supplémentaire est une occasion de plus d’hésiter ou de se tromper. Enchaîne l’accent et la voyelle comme un seul mouvement, sans pause entre les deux. Les leçons « Accent circonflexe » et « Tréma » de l’entraînement font travailler ces enchaînements dans des mots réels, comme « même », « tête » ou « naïf ».

Le chevauchement des frappes

Dhakal et ses collègues décrivent aussi le « rollover », que l’on peut traduire par chevauchement : tu enfonces la touche suivante avant d’avoir relâché la précédente. Ce comportement est fortement lié à la vitesse (r = 0,73). Il s’agit d’une corrélation. Elle ne prouve pas que le chevauchement rende plus rapide, mais elle montre qu’il va de pair avec une frappe rapide.

Le chevauchement est plus simple quand les deux mains alternent, car l’une n’a pas besoin d’attendre l’autre. En français, c’est le cas de « qu » sur AZERTY : l’auriculaire gauche frappe le Q pendant que l’index droit se prépare pour le U. Ne cherche pas à forcer ce geste. Tape plutôt des mots entiers que des lettres isolées. Dans la phase 2 de typando, les unités « Alternance des mains » travaillent justement des mots riches en paires de lettres fréquentes, tapées d’une main puis de l’autre.

Préparer les frappes suivantes

Feit, Weir et Oulasvirta ont étudié la façon dont les gens tapent au quotidien. Parmi les facteurs qui comptent pour la vitesse, ils relèvent la préparation active des frappes à venir : pendant que les doigts terminent un mot, le suivant se prépare déjà. Les deux autres facteurs, une attribution fixe des touches aux doigts et peu de mouvements de la main entière, relèvent de la position de base ; l’article sur la rangée de repos les détaille.

Pour t’y exercer, lis un peu en avance. Pose le regard sur le mot suivant plutôt que sur la lettre en cours. Au début, c’est déroutant. Avec l’entraînement, cela devient plus naturel.

S’entraîner de façon ciblée

Selon le chercheur Ericsson, l’entraînement délibéré en dactylographie consiste à taper volontairement plus vite que d’habitude, en général 10 à 20 % au-dessus de sa vitesse normale. D’après lui, on ne tient ce niveau de concentration qu’environ 15 à 30 minutes par jour.

Keith et Ericsson ont étudié des personnes qui tapent au quotidien. Chez elles, un cours de dactylographie associé à un entraînement conscient de la vitesse était nettement plus lié à la vitesse de frappe (β = 0,73) qu’un cours seul (β = 0,15). L’étude décrit un lien statistique, pas une expérience : elle ne prouve pas que l’entraînement à la vitesse soit la cause de cet écart.

En pratique, consacre une petite partie de chaque séance à des passages courts, tapés un peu plus vite que ton rythme habituel. Reviens ensuite à ta vitesse normale pour vérifier que ta précision tient.

Sortir d’un plateau

Après quelques semaines, beaucoup de personnes voient leur vitesse stagner. Un plateau n’est pas forcément une limite. Change alors de matière plutôt que de forcer sur les mêmes mots : des mots moins fréquents, des phrases avec majuscules et ponctuation, des nombres au milieu du texte. Les unités de la phase 2 de typando suivent justement cette progression.

Dans cette phase, l’entraînement fixe aussi un objectif de vitesse personnel : la moyenne de tes cinq derniers exercices, plus 5 %. Cet objectif reste proche de ton niveau réel, et les 97 % de précision restent exigés. La phase 3 ajoute des sprints de vitesse : six passages de 30 secondes, de 10 à 20 % au-dessus de ton rythme habituel, où 90 % de précision suffisent.

Si tu débutes, estime d’abord le temps nécessaire pour apprendre à taper à l’aveugle : la vitesse vient après les bases.

Mets ces principes en pratique : dans l’entraînement, chaque exercice se termine par un bilan de ta précision, de ta vitesse et de tes touches les plus difficiles.

Questions fréquentes

Quelle vitesse de frappe viser ?
Il n’existe pas de bonne valeur pour tout le monde. Dans l’étude en ligne de Dhakal et de ses collègues, la moyenne dépassait à peine 50 mots par minute, mais les participants étaient des volontaires, probablement déjà à l’aise au clavier. Compare-toi plutôt à toi-même : ta vitesse nette doit progresser sans que ta précision baisse.
Faut-il corriger ses erreurs en tapant ?
Oui, si tu les remarques tout de suite. Dans l’entraînement de typando, une erreur reste comptée même après correction, mais seules les erreurs non corrigées sont déduites de ta vitesse nette. Le bilan affiche les deux types séparément.
Pourquoi l’entraînement n’affiche-t-il pas ma vitesse pendant que je tape ?
Pour que ton attention reste sur le texte et sur la précision. Un compteur en direct incite facilement à forcer l’allure. Ta vitesse apparaît dans le bilan, juste après l’exercice, en mots nets par minute (5 frappes = 1 mot).
Combien de temps faut-il pour gagner 10 mots par minute ?
Les études disponibles ne permettent pas de chiffrer ce délai. Cela dépend de ton point de départ et de la régularité de ton entraînement. Suis plutôt ta progression d’une semaine à l’autre dans tes statistiques.

Sources

  1. Dhakal, V., Feit, A. M., Kristensson, P. O., & Oulasvirta, A. (2018). Observations on typing from 136 million keystrokes. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems. doi.org/10.1145/3173574.3174220
  2. Feit, A. M., Weir, D., & Oulasvirta, A. (2016). How we type: Movement strategies and performance in everyday typing. Proceedings of the CHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 4262–4273. doi.org/10.1145/2858036.2858233
  3. Ericsson, K. A. (2006). The influence of experience and deliberate practice on the development of superior expert performance. In K. A. Ericsson, N. Charness, P. J. Feltovich & R. R. Hoffman (Eds.), The Cambridge Handbook of Expertise and Expert Performance (pp. 683–703). Cambridge University Press. doi.org/10.1017/CBO9780511816796.038
  4. Keith, N., & Ericsson, K. A. (2007). A deliberate practice account of typing proficiency in everyday typists. Journal of Experimental Psychology: Applied, 13(3), 135–145. doi.org/10.1037/1076-898X.13.3.135

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